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L'ECONOMIE DU TOURISME
EN SAVOIE

Mémoire de maîtrise de Sciences Economiques
Seule l'introduction est reproduite - voir la couverture

0.5. LE CONCEPT DE DEVELOPPEMENT DURABLE.
0.0. 0.1. 0.2. 0.3. 0.4. 0.5.

          Toutes ces considérations sur le tourisme et l’activité touristique en général nous amènent à penser que le tourisme est à la base de phénomènes complexes. Il a joué, joue et jouera un rôle moteur dans le développement du département de la Savoie: il est un support du développement local, dont fait parti, il ne faut pas l’oublier, l’aménagement du territoire, territoire ici qui possède un caractère particulier (la montagne). Michel Barnier[10], dans le préface d’un ouvrage portant sur la Savoie, déclarait, en 1989:

          « Conduire la Savoie vers le XXIème siècle, en lui donnant les meilleurs atouts afin qu’elle demeure une terre accueillante et prospère, ne saurait en aucun cas nous faire oublier son histoire, celle des hommes et du peuple courageux qui l’édifièrent.

          Car l’héritage du passé motive chaque jour les décisions que nous prenons pour demain. Il constitue les références, les racines dans lesquelles il est de plus en plus vital de puiser pour inscrire nos pensées, nos actions, en conformité avec une culture, une identité, une sensibilité locale propre à la Savoie. »

          Dans son discours, Monsieur Barnier renforce l’idée suivante, à savoir que mener le développement de la Savoie, département couvert de particularismes, dont nombre d’entre eux ont été évoqués succinctement plus haut, c’est s’appuyer sur la notion de développement durable. Cette préoccupation est fortement liée au tourisme en Savoie.

          L’expression de « développement soutenable » a précédé celle de « développement durable »: elle a été répandue à partir de la publication du rapport Brundtland de 1987, notre avenir à tous. Dans ce rapport, le développement soutenable y est défini comme « un développement qui répond aux besoins du présent, sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Cette définition basique entraîne un bon nombre d’intellectuels vers des différences d’interprétation assez marquées, mais tous s’accordent sur la triple dimension du développement soutenable: sociale, économique et écologique. Cette dernière dimension prend d’ailleurs de plus en plus d’importance dans les travaux de recherche sur l’économie des ressources naturelles et de l’environnement.

          Dans le rapport Brundtland, l’éditeur à la demande des auteurs, a traduit « sustainable development » par « développement soutenable ». Or le terme « soutenable » en français est très éloigné du sens du terme anglais « sustainable ». Par exemple, pour le Petit Robert, est soutenable ce « qui peut être soutenu par des raisons plausibles ».

          Bref, pour éviter des malentendus, il est préférable d’utiliser le terme de « développement durable » (est durable ce qui dure longtemps). Cependant cette traduction n’inclut pas un des sens de l’expression « sustainable development », à savoir que le développement est à soutenir car il est aussi fragile.

          Il faudrait également définir précisément le sens du mot « développement », qui a été longtemps confondu avec une autre notion, celle de croissance. Pour A. Smith par exemple, le développement s’assimilait à l’augmentation continue de la richesse produite, et était réservé à un nombre restreint et privilégié de nations, dont la France, l’Allemagne et l’Angleterre. Les auteurs anglo-saxons contemporains ont rapproché notamment le développement du revenu par habitant et du taux de croissance globale de l’économie. Des auteurs français comme F. Perroux et A. Sauvy ont insisté sur le caractère qualitatif du développement. Aujourd’hui la notion de développement évolue encore comme nous le prouve par exemple les travaux de A. Sen, prix Nobel d’économie 1998, avec son fameux I.D.H., l’Indicateur de Développement Humain.

          Le « sustainable development » de la commission Brundtland propose plusieurs objectifs stratégiques:

· favoriser la croissance et la rendre de meilleure qualité (objectifs de préservation de l’environnement);

· assurer les besoins vitaux de l’Homme, comme le droit à un emploi pour chacun, l’alimentation, l’eau, l’énergie, etc.;

· maîtriser la démographie;

· préserver et mettre en valeur les ressources naturelles;

· mettre en place des techniques de production moins polluantes.

          Bref, le « sustainable dévelopment », que nous appellerons désormais « développement durable », reste un concept assez flou: dans son sens restreint, il vise à « ne pas mettre en danger les systèmes naturels qui nous font vivre: l’atmosphère, l’eau, les sols et les êtres vivants »[11]. Dans son sens le plus large, il « vise à favoriser un état d’harmonie entre les être humains et entre l’Homme et la nature »[12]. Les possibilités d’interprétations sont donc multiples, et nous essayerons, dans la mesure du possible, de nous situer dans une version modérée du développement durable, ni trop strict, ni trop large.

          Le concept de développement durable est forcément normatif puisqu’il renferme un contenu éthique. Ce dernier est particulièrement présent dans la discussion concernant le partage intergénérationnel. Certains le considèrent comme un devoir absolu et d’autres s’interrogent sur la concurrence pouvant exister entre le bonheur des générations présentes et futures. Mais de façon générale, toutes les approches du développement durable reposent sur l’éthique commune selon laquelle chaque génération a droit à une qualité de vie au moins aussi bonne que la précédente.

          Pour l’économiste, les informations reçues des autres disciplines sont déterminantes pour l’élaboration des modèles de décision. Dans la plupart des modèles concernants le développement durable, on trouve des hypothèses de relations entre des niveaux de dommages et des coûts. Or l’évaluation des niveaux de dommages n’est généralement pas réalisée par des économistes.

          Pour conclure, même si la notion de développement durable ne constitue pas un concept clair et surtout définitivement stabilisé (on parle même aujourd’hui de développement « viable »), elle a le mérite de rassembler quelques grandes idées. Pour être durable, le développement doit passer par la croissance. Mais elle doit être obtenue en préservant les ressources naturelles afin que les générations futures puissent disposer des conditions nécessaires à leur propre développement. Si tout le monde s’accorde sur l’idée d’une transmission aux générations futures des moyens devant assurer leur bien-être, des divergences importantes subsistent sur les contours et le contenu de ce qui doit être transmis.

          La Savoie d’aujourd’hui possède un riche héritage, qu’elle doit faire fructifier. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, les paysages économiques, sociaux, culturels, naturels, etc. de ce département se sont modifiés, avec plus particulièrement le développement d’une nouvelle forme de tourisme, le tourisme populaire. Ce passage sans complexe au monde moderne ne s’est pas déroulé sans soulever des problèmes ou susciter de nombreuses questions. Aujourd’hui bien évidemment certaines questions sont toujours d’actualité, de nouvelles interrogations se posent et les problèmes apparaissent plus ou moins vite en ce qui concerne le développement de la Savoie qui est plus que jamais lié à l’activité touristique, pilier du développement (durable) local et de l’aménagement en zone de montagne. C’est pourquoi il va donc être nécessaire de présenter un constat de ce qu’est la Savoie en tant que zone de montagne possédant de nombreux attraits touristiques, avant de pouvoir évaluer les atouts et les faiblesses que possède le département, face à l’enjeu que représente un développement durable fondé en grande partie sur le tourisme.


[10] Michel Barnier fut le plus jeune député de France, à 23 ans. A l’époque de ce discours, il est député de Savoie et président du Conseil Général. Il a grandement contribué à l’optention des Jeux Olympiques d’Albertville, avec Jean-claude Killy notament. Aujourd’hui il est toujours président du Conseil Général et est sénateur de Savoie.

[11] L’économie de l’environement, L. Abdelmalki et P. Mundeler, 1997, page 49.

[12] Idem.

| 0.0. INTRO | 0.1. GEOGRAPHIE | 0.2. HISTORIQUE |0.3. DEFINITION DU TOURISME |
| 0.4. TOURISME ET SAVOIE | 0.5. DEVELOPPEMENT DURABLE |



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