Toutes
ces considérations sur le tourisme et lactivité
touristique en général nous amènent à
penser que le tourisme est à la base de phénomènes
complexes. Il a joué, joue et jouera un rôle moteur
dans le développement du département de la Savoie:
il est un support du développement local, dont fait parti,
il ne faut pas loublier, laménagement du territoire,
territoire ici qui possède un caractère particulier
(la montagne). Michel Barnier[10], dans le préface dun
ouvrage portant sur la Savoie, déclarait, en 1989:
« Conduire la Savoie vers le XXIème siècle,
en lui donnant les meilleurs atouts afin quelle demeure
une terre accueillante et prospère, ne saurait en aucun
cas nous faire oublier son histoire, celle des hommes et du peuple
courageux qui lédifièrent.
Car lhéritage du passé motive chaque jour
les décisions que nous prenons pour demain. Il constitue
les références, les racines dans lesquelles il est
de plus en plus vital de puiser pour inscrire nos pensées,
nos actions, en conformité avec une culture, une identité,
une sensibilité locale propre à la Savoie. »
Dans son discours, Monsieur Barnier renforce lidée
suivante, à savoir que mener le développement de
la Savoie, département couvert de particularismes, dont
nombre dentre eux ont été évoqués
succinctement plus haut, cest sappuyer sur la notion
de développement durable. Cette préoccupation est
fortement liée au tourisme en Savoie.
Lexpression
de « développement soutenable » a précédé
celle de « développement durable »: elle a
été répandue à partir de la publication
du rapport Brundtland de 1987, notre avenir à tous. Dans
ce rapport, le développement soutenable y est défini
comme « un développement qui répond aux besoins
du présent, sans compromettre la capacité des générations
futures de répondre aux leurs ». Cette définition
basique entraîne un bon nombre dintellectuels vers
des différences dinterprétation assez marquées,
mais tous saccordent sur la triple dimension du développement
soutenable: sociale, économique et écologique. Cette
dernière dimension prend dailleurs de plus en plus
dimportance dans les travaux de recherche sur léconomie
des ressources naturelles et de lenvironnement.
Dans le rapport Brundtland, léditeur à la
demande des auteurs, a traduit « sustainable development
» par « développement soutenable ». Or
le terme « soutenable » en français est très
éloigné du sens du terme anglais « sustainable
». Par exemple, pour le Petit Robert, est soutenable ce
« qui peut être soutenu par des raisons plausibles
».
Bref, pour éviter des malentendus, il est préférable
dutiliser le terme de « développement durable
» (est durable ce qui dure longtemps). Cependant cette traduction
ninclut pas un des sens de lexpression « sustainable
development », à savoir que le développement
est à soutenir car il est aussi fragile.
Il faudrait également définir précisément
le sens du mot « développement », qui a été
longtemps confondu avec une autre notion, celle de croissance.
Pour A. Smith par exemple, le développement sassimilait
à laugmentation continue de la richesse produite,
et était réservé à un nombre restreint
et privilégié de nations, dont la France, lAllemagne
et lAngleterre. Les auteurs anglo-saxons contemporains ont
rapproché notamment le développement du revenu par
habitant et du taux de croissance globale de léconomie.
Des auteurs français comme F. Perroux et A. Sauvy ont insisté
sur le caractère qualitatif du développement. Aujourdhui
la notion de développement évolue encore comme nous
le prouve par exemple les travaux de A. Sen, prix Nobel déconomie
1998, avec son fameux I.D.H., lIndicateur de Développement
Humain.
Le « sustainable development » de la commission
Brundtland propose plusieurs objectifs stratégiques:
· favoriser la croissance et la rendre de meilleure qualité
(objectifs de préservation de lenvironnement);
· assurer les besoins vitaux de lHomme, comme le
droit à un emploi pour chacun, lalimentation, leau,
lénergie, etc.;
· maîtriser la démographie;
· préserver et mettre en valeur les ressources
naturelles;
· mettre en place des techniques de production moins polluantes.
Bref, le « sustainable dévelopment », que
nous appellerons désormais « développement
durable », reste un concept assez flou: dans son sens restreint,
il vise à « ne pas mettre en danger les systèmes
naturels qui nous font vivre: latmosphère, leau,
les sols et les êtres vivants »[11]. Dans son sens
le plus large, il « vise à favoriser un état
dharmonie entre les être humains et entre lHomme
et la nature »[12]. Les possibilités dinterprétations
sont donc multiples, et nous essayerons, dans la mesure du possible,
de nous situer dans une version modérée du développement
durable, ni trop strict, ni trop large.
Le concept de développement durable est forcément
normatif puisquil renferme un contenu éthique. Ce
dernier est particulièrement présent dans la discussion
concernant le partage intergénérationnel. Certains
le considèrent comme un devoir absolu et dautres
sinterrogent sur la concurrence pouvant exister entre le
bonheur des générations présentes et futures.
Mais de façon générale, toutes les approches
du développement durable reposent sur léthique
commune selon laquelle chaque génération a droit
à une qualité de vie au moins aussi bonne que la
précédente.
Pour léconomiste, les informations reçues
des autres disciplines sont déterminantes pour lélaboration
des modèles de décision. Dans la plupart des modèles
concernants le développement durable, on trouve des hypothèses
de relations entre des niveaux de dommages et des coûts.
Or lévaluation des niveaux de dommages nest
généralement pas réalisée par des
économistes.
Pour
conclure, même si la notion de développement durable
ne constitue pas un concept clair et surtout définitivement
stabilisé (on parle même aujourdhui de développement
« viable »), elle a le mérite de rassembler
quelques grandes idées. Pour être durable, le développement
doit passer par la croissance. Mais elle doit être obtenue
en préservant les ressources naturelles afin que les générations
futures puissent disposer des conditions nécessaires à
leur propre développement. Si tout le monde saccorde
sur lidée dune transmission aux générations
futures des moyens devant assurer leur bien-être, des divergences
importantes subsistent sur les contours et le contenu de ce qui
doit être transmis.
La Savoie daujourdhui possède un riche héritage,
quelle doit faire fructifier. Depuis la Deuxième
Guerre mondiale, les paysages économiques, sociaux, culturels,
naturels, etc. de ce département se sont modifiés,
avec plus particulièrement le développement dune
nouvelle forme de tourisme, le tourisme populaire. Ce passage
sans complexe au monde moderne ne sest pas déroulé
sans soulever des problèmes ou susciter de nombreuses questions.
Aujourdhui bien évidemment certaines questions sont
toujours dactualité, de nouvelles interrogations
se posent et les problèmes apparaissent plus ou moins vite
en ce qui concerne le développement de la Savoie qui est
plus que jamais lié à lactivité touristique,
pilier du développement (durable) local et de laménagement
en zone de montagne. Cest pourquoi il va donc être
nécessaire de présenter un constat de ce quest
la Savoie en tant que zone de montagne possédant de nombreux
attraits touristiques, avant de pouvoir évaluer les atouts
et les faiblesses que possède le département, face
à lenjeu que représente un développement
durable fondé en grande partie sur le tourisme.
[10] Michel Barnier fut le plus jeune député de
France, à 23 ans. A lépoque de ce discours,
il est député de Savoie et président du Conseil
Général. Il a grandement contribué à
loptention des Jeux Olympiques dAlbertville, avec
Jean-claude Killy notament. Aujourdhui il est toujours président
du Conseil Général et est sénateur de Savoie.
[11] Léconomie de lenvironement, L. Abdelmalki
et P. Mundeler, 1997, page 49.
[12] Idem.
| 0.0.
INTRO | 0.1. GEOGRAPHIE | 0.2.
HISTORIQUE |0.3. DEFINITION DU TOURISME
|
| 0.4. TOURISME ET SAVOIE | 0.5.
DEVELOPPEMENT DURABLE |