La
Savoie, annexée par la France napoléonienne en 1860,
est riche dune histoire plus que millénaire: après
son occupation par les Allobroges dès le VIIème
siècle avant J.-C., elle fût conquise tour à
tour par les Romains (aux environs de -121 avant J.-C.), les Burgondes
(Vème siècle) et les Francs (VIème siècle).
Suite à léclatement de ce dernier empire et
aux partages effectués par les Mérovingiens et les
Carolingiens, elle passa successivement entre les mains de plusieurs
royaumes, de Provence et de Bourgogne notamment. Or Rodolphe III,
souverains du Royaume de Bourgogne Transjurane qui incluait la
Savoie, sans héritier, légua toutes ses terres à
lempereur germanique Conrad II (1032). Mais Eudes de Blois
revendiqua les terres de Savoie. Après moult batailles
au côté du Saint Empire, la Savoie, désormais
sous influence germanique, obtint la création dun
Comté de Savoie. Et cest ainsi que Humbert Ier, surnommé
Humbert aux blanches mains, fonda une dynastie qui allait devenir
millénaire sous le nom de Maison de Savoie (1037).
La Savoie, par la suite maîtresse des deux versants des
Alpes et de lensemble de ses cols, et donc, entre autre
de la route vers lItalie, posséda de sérieux
atouts économiques et politiques. Dimportants droits
de péage furent mis en place, notamment aux cols stratégiques:
Mont Cenis (2083m), Petit Saint Bernard (2188m) et Grand Saint
Bernard (2473m). A un niveau plus politique, la Savoie joua sur
les rivalités de ses puissants voisins quétaient
la France, lItalie et lEmpire. Les conflits entre
lempereur et la papauté, entre la France et lAutriche
notamment, contribuèrent à la prospérité
du pays. Lindépendance du pays fut définitivement
acquise lorsque le comté, sous le règne dAmédée
VIII, fut érigé en duché par 1'empereur du
Saint-Empire romain germanique, Sigismond de Luxembourg (18 février
1416).
La Savoie fut envahie à de nombreuses reprises mais retrouva
pourtant à chaque fois son indépendance. Charles
Quint la convoita; François Ier la revendiqua, sa mère
nétant autre que Louise de Savoie. Louis XIII et
Louis XIV, chacun à leur tour tentèrent de lenvahir.
Elle eut même à subir une brève occupation
espagnole pendant la guerre de succession dAutriche. Annexée
une première fois par la France révolutionnaire
et impériale, de 1796 à 1814, la Savoie retrouva
sa souveraineté jusquen 1860, année de la
seconde annexion française.
Dès 1804, la Savoie fit donc partie de lempire
napoléonien. Napoléon Bonaparte, souhaitant développer
au maximum les échanges avec lItalie, mena une politique
de développement des infrastructures: construction de ponts,
creusement de tunnels, élargissement des routes, etc. En
1810, grâce à ces investissements, ce furent par
exemple 3000 voitures de voyageurs et 14000 voitures de routage
qui passèrent le col du Mont Cenis! Le développement
des transports et du commerce fit la fortune des commerçants,
voituriers et aubergistes de la vallée de la Maurienne
et du Chablais. Le transport terrestre fut en outre favorisé
par le blocus maritime des Anglais lors des guerres napoléoniennes.
La précarité de la vie, due aux guerres impériales,
poussa les riches à se distraire dans les villes deau,
dont la plus connue à lépoque, est Aix-les-Bains.
Au XIXème siècle, Aix-les-Bains devint « lautre
» capitale de la Savoie: celle de la vie mondaine et des
loisirs, celle dune aristocratie européenne en quête
de lieux pour se rassembler, celle dune grande bourgeoisie
prompte à suivre les modes.
Les bains et les soins thermaux ne devinrent guère quun
prétexte pour justifier une pratique nouvelle: le voyage
dagrément et donc le tourisme. Cest pour cet
nouvel engouement quest le tourisme, que la ville dAix
se para de monuments fastueux, aujourdhui admirés
comme trésors du patrimoine de Savoie et développant
une nouvelle forme de tourisme, le tourisme culturel. A la Belle
Epoque, hôtels, palaces, casinos, théâtres,
se multiplièrent et rivalisèrent dans la qualité
des constructions et des décorations intérieures.
Le luxe et lapparat, le recours à une ornementation
quelque peu grandiloquente, où domine léclectisme
et lart nouveau, furent alors les emblèmes de la
cité. A la Belle Epoque, Aix se forma comme réputation
dêtre à la fois « Station des reines
et Reine des stations », celle où il fallait se montrer,
où richesse et haute naissance venaient à la rencontre
de la beauté et de la santé. Ainsi, la reine Victoria
dAngleterre consacra Aix-en-Savoie et lui fit prendre le
pas sur les stations allemandes: elle y vint même plusieurs
fois en séjours. De nombreux visiteurs célèbre
furent à lhonneur à Aix, comme George Ier
de Grèce, Léopold II de Belgique, le président
Félix Faure, le duc de Windsor, etc. Sarah Bernard, Cécile
Sorel vinrent se produire au théâtre du Casino. Honoré
de Balzac, Paul Verlaine, Guy de Maupassant, Alphonse de Lamartine,
outre des soins et de la détente, y trouvèrent leur
inspiration.[3]
Lactivité touristique, en Savoie en particulier
comme plus généralement ailleurs, sest donc
développée au départ grâce aux classes
aisées de la « société bourgeoise ».
Une deuxième forme de tourisme se développe également
au XIXème siècle en Savoie: il sagit dun
tourisme sportif, de montagne, réservé lui aussi
à une élite aristocratique et bourgeoise. De nombreuses
« premières » sont réalisées
à cette époque, notamment par de riches anglo-saxons,
venus « changer dair » dans les massifs du Mont
Blanc et de la Vanoise. Le révérend Coolidge, messieurs
Whimper, Croz, et autres Mummry sillustreront et marqueront
à jamais lAlpinisme. En 1919, la création
du G.H.M., le Groupe de Haute Montagne, complétera cette
situation: pour intégrer le G.H.M., il fallait être
noble, riche et avoir effectué un nombre minimum de courses
par an, de préférence accompagné dun
guide.
La relation entre la montagne et le thermalisme est évidente;
par exemple, en 1884, la ville dAix-les-Bains compte près
de trois mille Anglais et deux mille Américains. Ces deux
attraits de la Savoie furent à la base dun premier
développement économique fondé sur le tourisme.
Le ski connut même ses premiers balbutiements comme activité
touristique, à Chamonix notament et ce dès la fin
du XIXème siècle.
Mais après la Deuxième Guerre mondiale, la situation
touristique va évoluer dune façon assez opposées
par rapport à celle de la Belle Epoque.
Du côté du thermalisme, les étrangers sont
partis, la Côte dAzur est devenue la destination à
la mode. Mais lorigine de la clientèle va se trouver
rapidement modifiée, avec, dès 1947, le remboursement
des soins par la Sécurité sociale. La fréquentation
des établissements thermaux augmente, mais ces derniers
ne soignent plus des biens portants mais des malades. Sur le département
de la Savoie, des établissements dont les thermes sont
pourtant connus depuis lantiquité, sortent de lombre
que leur avait fait Aix précédemment (La Léchère,
Brides-les-Bains, Challes-les-Eaux, etc). La clientèle
devient plus populaire.
Avec lapparition des congés payés et laugmentation
du niveau de vie, le tourisme en général va se développer.
En Savoie, lapparition notamment des stations de sports
dhiver, qui connaîtront un fort développement
dès les années 1960, va jouer un rôle crucial
dans lactivité du département. Le tourisme
de montagne va se développer non seulement lhiver,
mais aussi lété. Il va également se
diversifier et on lui trouve de nombreuses appellations, comme
par exemple les tourismes culinaire, patrimonial, fluvial, daffaires,
de montagne, etc.
[3] Alexandre Dumas père écrivit en 1832 Les Alpes, de Chamonix à la Grande Chartreuse.
| 0.0.
INTRO | 0.1. GEOGRAPHIE | 0.2.
HISTORIQUE |0.3. DEFINITION DU TOURISME
|
| 0.4. TOURISME ET SAVOIE | 0.5.
DEVELOPPEMENT DURABLE |