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L'ECONOMIE DU TOURISME
EN SAVOIE

Mémoire de maîtrise de Sciences Economiques
Seule l'introduction est reproduite - voir la couverture

0.4. DE L'ECONOMIE DU TOURISME EN GENERAL ET DE LA SAVOIE EN PARTICULIER.
0.0. 0.1. 0.2. 0.3. 0.4. 0.5.

          Le tourisme est une branche particulière de l’économie pour plusieurs raisons. D’abord, le consommateur est obligé de se déplacer vers le produit (la relation est souvent inverse) et il doit investir autant en temps qu’en argent dans le produit touristique. La production touristique est également très différenciée. Le consommateur ne peut, en outre, essayer le produit touristique avant l’achat. Un plan des pistes détaillé d’une station de sports d’hiver est un bien maigre aperçu de ce qui attend le vacancier! De plus, la production touristique est tellement spécifique qu’il est impossible de la reproduire dans un autre lieu: comment déplacer, par exemple, les montagnes, la neige, une station de ski particulière, une église ou un château fort appartenant au patrimoine autochtone? Enfin, les capacités de l’offre touristique sont souvent très rigides, entraînant des différences de prix entre les périodes d’affluence et celles de basse saison. Dans les plus importantes stations de sports d’hiver, à l’instar de celles de Tarentaise, il faut souvent réserver à la location son logement la saison précédente, le taux de remplissage étant la plupart du temps de 100%.

          Certaines de ces caractéristiques particulières nous amènent à assimiler les touristes à des consommateurs de biens tangibles, négligeant le fait que le tourisme consiste essentiellement en un échange de services. Pour la majorité des consommateurs, un voyage représente une dépense importante et l’information disponible sur le marché joue un rôle clef car le consommateur, comme nous l’avons dit plus haut, ne peut tester à l’avance le produit visé depuis son lieu d’origine. La qualité de l’information et la réputation des produits touristiques sont donc fondamentales.

          Des services et des produits touristiques fortement différenciés, des contraintes budgétaire et temporelle importantes, déterminent la localisation de l’activité touristique. La Savoie possède ainsi de nombreux atouts, avec un équipement touristique à la foi moderne et traditionnel: un riche patrimoine culturel, des traditions bien ancrées, des produits du terroir de qualité, mais aussi des domaines skiables parmi les plus prestigieux du monde: les « Trois Vallées » possèdent le plus gros domaine de ski au monde, en nombre de kilomètres de pistes comme de remontées mécaniques; les Jeux Olympiques de 1992 ont encore renforcés cette image, surtout pour les stations de Tarentaise; de par sa situation géographique, la Savoie possède un enneigement de qualité, souvent plus important que celui de ses voisins. La nature n’est pour autant pas étouffée, les grands ensembles s’intégrant relativement bien au cadre naturel, qui compte d’ailleurs de nombreux parcs naturels[7].

          Il faut noter avec attention que les investissements touristiques ont souvent un caractère irréversible, et la Savoie n’y échappe pas. Une grande partie de l’activité touristique nécessite des ressources importantes, comme la terre, le capital et les constructions. Que faire, par exemple, de remontées mécaniques, d’hôtels, en cas de reconversion de l’économie locale, ou de « simple » passe économique difficile? Il est évident que dans ce cas les ressources ne sont plus utilisées de façon efficiente, à court terme tout du moins.

          En prenant en compte l’ensemble des caractéristiques propres au tourisme, on s’aperçoit finalement qu’il est difficile d’évaluer, de réguler et de promouvoir ce secteur pour les autorités économiques et politiques, si elles ne parviennent pas à englober la complexité de ces facteurs. L’activité productive touristique étant présente dans de nombreuses strates de l’activité économique générale, le tourisme joue de toute évidence un rôle central dans le développement économique tant local que national, mais il a aussi un impact sur l’aménagement du territoire. Nous allons maintenant présenter brièvement le rôle du tourisme dans une économie régionale, le terme de région s’apparentant dans notre étude à un département précis.

          Le tourisme entraîne d’abord une dépense sur une gamme diversifiée de produits, mais également sur différents services, ces biens et services étant produits également pour une consommation non touristique. Ces dépenses sont à l’origine d’un revenu pour les offreurs, ces derniers étant assez dissemblables selon le type de voyage effectué.

          On distingue alors deux sortes de région, qui par pure convention sont appelées réceptrice (lieu de destination des touristes) et émettrice (lieu d’origine du touriste). La région émettrice regroupe les activités d’émission de voyage: ce sont les opérateurs touristiques, les agents de voyage, les fournisseurs de transport qui possèdent des revenus touristiques. La région réceptrice est celle où se concentrent les activités développées autour du passage et du séjour touristique: les attractions touristiques, les hôtels etc. captent des revenus liés au tourisme. Le département de la Savoie se situe pour une large part dans cette seconde situation, aucune région ne pouvant être considérée comme à 100% émettrice ou à 100% réceptrice.

          Les dépenses touristiques du pays font parties des dépenses nationales de consommation. Ces dépenses touristiques sont donc en fait une réalocation de la dépense des consommateurs ou des producteurs[8]. Par exemple, si la neige est abondante en Savoie et qu’elle fait défaut dans les autres départements touristiques d’hiver, les touristes nationaux vont augmenter leurs dépenses en direction de la Savoie. Mais si la neige est présente en quantité sur l’ensemble des massifs de montagnes, alors les dépenses touristiques vont augmenter globalement au détriment d’autres secteurs de l’économie nationale. Un enneigement bien réparti pourrait même parfois profiter moins à la Savoie qu’à certains de ces concurrents: l’abondance de neige a tendance, en effet, à étaler la clientèle sur l’ensemble des stations de ski et sur tous les massifs, faisant plutôt le bonheur, par exemple, des stations des Alpes du Sud où des Pyrénées. Cet exemple est transposable vis à vis de la clientèle internationale, qui pourrait pour une partie au moins se rendre par exemple en Suisse. En raison de sa nature propre, le tourisme est souvent une activité qui établit de forts liens entre l’activité touristique d’un pays et l’économie d’un autre. En Tarentaise les clients étrangers originaires de la Belgique, d’Allemagne et d’Angleterre notament sont nombreux. Si l’économie belge connaît des difficultés, il est probable que l’économie tarine en sera affectée. Certaines zones touristiques peuvent se voir « colonisées », ce qui peut jouer sur bon nombre de décisions et sur un ensemble de sous-marchés (investissement, prix, marché immobilier, etc.).

          Les agents économiques arbitrent donc entre le tourisme, qui possède un coût d’opportunité, et les autre biens. La stimulation économique dépend aussi de la redistribution régionale, interrégionale (voir même parfois internationale), du revenu issu d’un flux monétaire en provenance des régions émettrices vers celles destinatrices. Signalons au passage que les habitants de la Savoie prennent eux aussi des vacances parfois loin de leurs domiciles et sont donc eux aussi des touristes potentiels, et pas seulement des offreurs de biens et services touristiques. Le dynamisme de l’économie dépend enfin de l’existence de différences dans l’usage secondaire du revenu entre les bénéficiaires directs des revenus touristiques et les autres.

          Le tourisme est donc un enjeu important pour l’économie en général et la Savoie en particulier. Historiquement, les pays et les régions dont la balance des paiements est fortement liée au tourisme ont moins souffert de cette dépendance que les pays et les régions dont les revenus reposent sur un seul produit basic (pétrole, sucre, charbon etc.). Les régions touristiques, d’un certain côté, sont censées être moins les victimes d’une crise structurale que ces pays ultra spécialisés. Pourtant le tourisme peut connaître une activité volatile (manque de neige, mauvais temps, effet de mode, etc.) s’il vient à être trop dépendant de certains marchés. Des « nouvelles glisses » où de nouveaux sports « fun » se sont développés récemment (surf, ski parabolique, rafting, canyoning etc.) pour pallier à une perte de vitesse de certaines activités jugées plus traditionnelles. Cette volatilité a donc un impact sur l’emploi et amène à plusieurs questions, dont celle du rôle du secteur public.

          Le gouvernement et les collectivités locales doivent veiller à la bonne répartition des dépenses publiques en faveur du tourisme. C’est le secteur public qui traditionnellement est sensé fournir les infrastructures (comme les aménagements réalisés lors des jeux olympiques de 1992), de gérer les activités administratives, de préserver l’environnement, de promouvoir le tourisme et d’en faciliter le développement. Comment financer ces activités?

          Le modèle « d’exportation impositive » consiste à reporter sur les touristes la charge de la production de services qui leurs sont destinés au lieu de la faire peser sur les résidents du lieu visité[9] (les autoroutes payantes par exemple: les autochtones pouvent s’y abonner à prix réduit). Ce modèle de fiscalité permet d’éviter un effet « d’appauvrissement » des lieux d’accueil. Une autoroute étant construite pour désengorger une vallée lors de l’afflux de touristes (cas de la haute vallée de l’Isère depuis La Rochette jusqu’à Moûtiers), ces derniers se transforment en usagers-payeurs.

          On admet généralement que le tourisme utilise de façon plus intensive le facteur travail que d’autres branches d’activité. Cela est justifié par le fait que l’activité touristique est très présente dans les services, qui réclament beaucoup de main-d’oeuvre. La qualité et la continuité des emplois touristiques varient en fonction d’une série de facteurs. Dans une région où l’alternative au tourisme est le chômage par exemple, le tourisme fournit alors un revenu additionnel où une source de travail précieuse face à une possible précarité. Les revenus touristiques sont d’une relative bonne qualité en Savoie pour les travailleurs puisque les emplois touristiques sont plus qualifiés par rapport aux emplois du tourisme en général. Ceci est surtout valable pour les emplois liés directement aux sports d’hiver, ceux-ci étant assez onéreux par rapport à d’autres destinations touristiques. Le tourisme peut aussi créer un volume important de travail à faible revenu car certains emplois sont peu qualifiés, saisonniers, transitoires et possèdent une faible ou inexistante représentation syndicale. Le petit personnel des hôtels, par exemple, se retrouve souvent dans ce genre de situation. Il n’est pas rare non plus de trouver des individus pluriactifs: certaines personnes sont double-actives voir même triple-actives, et cumulent les métiers de moniteur de ski, perchman, conducteur d’engin de damage, agriculteur, maçon, guide de Haute Montagne, etc. selon les saisons.

          L’économie souterraine est souvent assez développée car les pourboires, services en espèces, trocs et autres services gratuits sont nombreux et impossibles à comptabiliser.

          L’investissement touristique, de quelque nature qu’il soit, présente des particularismes:

· Il est souvent non marchand, de type social, éducatif, environnemental (création de centre de loisir, de parcs naturels etc.).

· Un investissement est rarement à 100% touristique; pour qu’il soit amorti, la population locale doit aussi en bénéficier.

· L’investissement touristique est souvent lié à un mode de vie: par exemple, on peut considérer qu’il est plus agréable de travailler dans le tourisme, car il procure de meilleurs rapports humains, ou bien il évite de devoir émigrer. « Vivre et travailler au pays », c’est tout de même mieux!

· Certains investissements pour des événements à court terme procure aux entrepreneurs des rendements rapides, comme ce fut le cas lors des Jeux Olympiques d’hivers de 1992.

          En général, la plupart des caractéristiques spécifiques du tourisme sont positives car elles favorisent l’investissement; il doit néanmoins être contrôlé pour éviter une offre excédentaire d’infrastructures touristiques qui peut s’accompagner par exemple d’une dégradation de l’environnement. Il faut également bien prendre en compte la saisonalité sectorielle qui oblige à une immobilisation peu rentable des différents capitaux une partie de l’année.

          Le tourisme conduit aussi à la concurrence à la fois entre les différentes zones, mais aussi à l’intérieur des zones entre les offreurs de logements, d’attractions, etc. Le principe sous-jacent à la définition des divers marchés correspond au degré de substituabilité entre les produits touristiques: ce niveau de substituabilité est donné par les fonctions d’utilité des agents. Le tourisme comporte de nombreux services spécifiques, et il existe de nombreuses possibilité de développement pour des entreprises de petite taille, habituées à évoluer dans des situations de concurrence imparfaite. Ces entreprises, souvent dans les services, se différencient par le style et la qualité. Contrairement aux activités industrielles, les services bénéficient peu d’économies d’échelle; les entreprises n’ont donc pas souvent tendance à croître ou à vouloir se concentrer ou fusionner.

 


[7] Les parcs régionaux de la Chartreuse (à cheval sur les départements de l’Isère et de la Savoie) et des Bauges.

Le parc national de la Vanoise, premier parc national crée en France (1963).

[8] Pour de plus amples détails, voir sur ce point les travaux de Fletcher J. et Lathem J. dans Databank:

Europe, Tourism Economics, volume 1.2, pages 195-203 (1995).

[9] voir les travaux de:

· N. Leiper (1992) dans Industrial entropy in tourism systems, Annals of Tourism resarch, volume 19.3, pages 600 à 605;

· D.G. Pearce (1987): Tourism Today: A geographical Analysis, Harlow UK, Longman.

| 0.0. INTRO | 0.1. GEOGRAPHIE | 0.2. HISTORIQUE |0.3. DEFINITION DU TOURISME |
| 0.4. TOURISME ET SAVOIE | 0.5. DEVELOPPEMENT DURABLE |



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